Bureaux en open space : le secret d’un confort acoustique performant

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bureaux en open space incluant des éléments apportant des propriétés d'absorption acoustique
Les bureaux en open space représentent un environnement sonore complexe qui exige une conception acoustique rigoureuse

L’open space est un environnement sonore complexe qui exige une conception acoustique rigoureuse. Nous donnons ici un coup de projecteur sur la norme NF ISO 22955, qui offre des recommandations techniques et méthodologiques pour optimiser le confort acoustique des bureaux ouverts.

Les espaces de bureaux ouverts, plus fréquemment dénommés open space, sont des environnements sonores complexes au sein desquels la conception acoustique nécessite d’être rigoureusement abordée, sous peine de moindre efficacité de l’entreprise et de bien-être dégradé pour les salariés. La norme NF ISO 22955 offre des recommandations techniques et méthodologiques pour optimiser la qualité acoustique des bureaux ouverts. Elle accompagne les décisions de conception et de planification, depuis la phase de développement jusqu’à l’exploitation des espaces. De surcroît, elle constitue un référentiel clé facilitant la communication entre les différentes parties prenantes du projet. Cette norme est destinée à tous les acteurs intervenant dans la programmation, la conception, la construction ou l’aménagement des espaces ouverts de bureau : bureaux d’étude, préventeurs, intervenants en santé et sécurité au travail. Nous abordons ici les principes généraux du traitement acoustique, de la géométrie des salles et de l’agencement de l’espace précisés dans la norme NF ISO 22955. Nous détaillons ensuite un des exemples de typologie de lieu de travail décrits dans la norme et précisons les caractéristiques acoustiques qui y sont préconisées.

La philosophie de la norme NF ISO 22955

La norme NF ISO 22955 repose sur un principe de base qui veut que les enjeux acoustiques dans un bureau ouvert diffèrent selon l’activité qui s’y déroule. Par exemple, dans un espace dédié à une activité nécessitant de la concentration, il est essentiel de limiter le bruit ambiant et de réduire l’intelligibilité des conversations. En revanche, un espace conçu pour le travail collaboratif doit encourager et faciliter les échanges verbaux.

La norme NF ISO 22955 considère ainsi différentes catégories auxquelles un bureau ouvert pourra toujours être rattaché :

  • 1 activité principalement concentrée sur la communication avec l’extérieur,
  • 2 activité principalement basée sur un travail collaboratif entre postes de travail voisins,
  • 3 espace faiblement collaboratif,
  • 4 activité qui peut impliquer l’accueil du public,
  • 5 espace dans lequel cohabitent plusieurs activités
  • 6 espaces pour lesquels l’activité n’est pas encore connue (plateau en blanc).

Les grands principes de confort acoustique en open space

Correction acoustique : les spécificités des bureaux ouverts

L’amélioration de l’acoustique des salles repose principalement sur la mise en œuvre de matériaux absorbants afin de réduire la réverbération du son sur les parois du local (Voir aussi notre article Bruit dans les bureaux ouverts : le rôle de l’acousticien). En règle générale, le mobilier seul ne suffit pas à répondre aux exigences acoustiques des bureaux ouverts. La priorité doit donc être donnée au traitement des surfaces de la pièce à l’aide de matériaux absorbants. L’efficacité de la correction acoustique dépend de deux facteurs : la performance du matériau, mesurée par son coefficient d’absorption, et l’étendue ainsi que l’homogénéité de la surface couverte. Pour un résultat optimal, il est essentiel de traiter en priorité les zones directement exposées aux sources sonores. Parmi celles-ci, le plafond représente la plus grande surface homogène exposée et doit être conçu pour offrir une absorption acoustique maximale. Un revêtement intégral du plafond en matériau absorbant est donc fortement recommandé.

Dans un open space, le plafond, plus étendu que les murs, constitue la priorité du traitement acoustique. Cependant, les absorbants muraux sont utiles pour réduire la réverbération et améliorer le confort des postes proches des murs, notamment ceux situés dans les coins. Les panneaux doivent être installés à hauteur d’oreille. Le sol joue un rôle mineur dans l’absorption acoustique, sauf en cas de solutions spécialisées comme les revêtements perforés. Les moquettes réduisent surtout le bruit d’impact des pas et des meubles. Les écrans acoustiques améliorent la confidentialité en réduisant la diffusion des sons. Leur efficacité dépend de la part de surfaces réfléchissantes qu’ils permettent de réduire, et de leur hauteur, qui doit bloquer la propagation directe de la parole. Les écrans dépassant les bureaux, au-dessus et au-dessous, offrent une meilleure atténuation des conversations.

Le levier de l’agencement de l’espace

Les postes de travail doivent être organisés en fonction du niveau de collaboration requis. De même, les zones de support (photocopieuse, zone de stockage…) doivent être situées à proximité des services qui les utilisent fréquemment. Lorsque cela est possible, il est préférable de les aménager dans des salles adjacentes dotées de portes conçues pour minimiser les nuisances sonores.

L’influence de la géométrie des salles

Les bureaux ouverts se distinguent par une hauteur sous plafond nettement inférieure à la longueur et à la largeur de la salle. Il est essentiel de préserver cette configuration autant que possible pour renforcer la confidentialité des conversations. En particulier, il est recommandé d’éviter les formes en couloirs, qui favorisent la propagation du son à travers l’espace.

Les principaux indicateurs de la norme

Pour un grand nombre de typologies de locaux, comme les salles de classe ou les salles de concert, le temps de réverbération est utilisé comme paramètre principal de l’étude acoustique. Dans les bureaux ouverts, la distribution spatiale du son est plus complexe et dépend de plusieurs facteurs, en plus de la distance par rapport à la source sonore. Ces facteurs incluent notamment l’absorption acoustique du plafond, la présence d’écrans ou de cloisons mi-hauteur, l’agencement des postes de travail, le mobilier, etc. C’est ce qui explique que, dans les open space, les paramètres globaux, tels que le temps de réverbération, ne sont pas toujours indépendants de la position de mesure dans la pièce et ne permettent pas de décrire la perception acoustique dans toute sa complexité. La norme NF ISO 22955 a donc introduit de nouveaux paramètres pour l’évaluation de la qualité acoustique des bureaux.

Le niveau de bruit ambiant LAeq,T

Ce paramètre caractérise le niveau sonore en activité, locaux occupés et équipements techniques (ventilations, ascenseurs, etc.) en fonctionnement. Le niveau ambiant doit être évalué sur plusieurs postes de travail au cours d’une journée représentative de l’activité, sur une période d’au moins 4 heures.

Le temps de réverbération T

Ce descripteur acoustique définit le temps, en secondes, nécessaire pour que le niveau sonore dans un local diminue de 60 dB après l’arrêt instantané de la source sonore. Plus le temps de réverbération est long, plus la salle est bruyante. Ce temps est déterminé pour plusieurs bandes de fréquence, car les matériaux réagissent différemment selon la fréquence du son. Pour diverses raisons, des valeurs cibles spécifiques sont souvent recommandées pour la réverbération dans la bande de fréquence centrée sur 125 Hz (T125Hz). Le temps de réverbération doit être mesuré conformément à la norme NF ISO 3382-2. Les recommandations de la norme NF ISO 22955 portent sur le T global, qui est la moyenne arithmétique des durées pour les bandes d’octave de 250 Hz à 4000 Hz, et sur le T dans la bande de fréquence centrée sur 125 Hz (T125Hz).

L’atténuation acoustique de la parole DA,S

La norme NF ISO 22955 propose un nouveau descripteur pour évaluer la qualité acoustique des bureaux : le DA,S, indicateur de l’atténuation de la propagation acoustique de la parole. Il correspond à la « différence, en décibels, entre le spectre d’une source de parole pondérée A à 1 m d’une source omnidirectionnelle dans le champ libre et le niveau de pression acoustique pondéré A à un point de réception ». Ce paramètre permet de juger si deux zones de travail à l’activité différente sont séparées par un degré satisfaisant d’atténuation acoustique. Il peut être judicieux d’analyser plusieurs valeurs de DA,S dans la majorité des types de bureaux ouverts. Par exemple, la NF ISO 22955 recommande que l’atténuation acoustique de la parole entre le travail individuel exigeant de la concentration et le travail collaboratif soit d’au moins 26 dB. En pratique, la mesure de l’indicateur d’atténuation DA,S est loin d’être simple. Notamment, une mesure rigoureuse implique une opération de calibrage de la source de parole, réalisée en champ libre, dans une chambre anéchoïque par exemple.

La décroissance spatiale du niveau sonore pour une source de parole D2,s

Ce descripteur, dénommé D2,s, est très utile à la conception acoustique des bureaux ouverts, car il décrit l’atténuation de la parole lorsque la distance à la source est doublée. Pour un open espace, une valeur de D2,s élevée est préférable.

Le niveau pondéré A à 4 mètres de la source de parole Lp,A,S,4m

Le niveau pondéré A à 4 mètres de la source de parole, Lp,A,S,4m , sert à évaluer la gêne liée aux conversations à proximité de la source de parole. Il se calcule à partir de la droite de régression qui permet d’obtenir la D2,s. La méthode de calcul est explicitée dans la norme NF ISO 3382-3.

Recommandations de la norme : exemple des espaces dédiés au travail collaboratif

Dans les agences publicitaires, les services marketing, les bureaux d’études, les activités impliquent une interaction entre des tâches mentales individuelles et un degré élevé de communication verbale. Des conversations simultanées peuvent entraîner des niveaux de bruit s’intensifiant en raison de l’effet Lombard. Il convient donc que l’environnement sonore atténue les niveaux sonores et garantisse la possibilité pour les collègues de tenir une conversation à courte portée sans déranger les autres à distance. L’atténuation de la propagation de la parole à travers l’espace est donc une priorité.

La norme NF ISO 22955 préconise les valeurs suivantes :

Atténuation de la parole entre les postes de travailDA,S ≤ 4 dB
Temps de réverbérationT ≤ 0,5 sT125Hz ≤ 0,8 s
Taux de décroissance spatiale d’intelligibilité de la paroleD2,s ≥ 8 dB